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Pour
débuter Notes
de dégustation
Sur la sellette
L’intellectuel du vin
Terroirs et appellations
Cépages Bon jusqu’à la dernière goutte
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Gérard Bertrand Gérard Bertrand est l’un des
plus dynamiques vignerons du Languedoc-Roussillon, propriétaire de cinq
domaines viticoles, incluant le Château L’Hospitalet et le Château
Villemajou, et auteur de quelques-unes des meilleures fioles de cette aire
viticole. J’ai eu le grand plaisir de rencontrer Gérard à Montréal lors d’une
dégustation organisée par Sopexa pour la presse spécialisée, durant laquelle
je me suis longuement entretenue avec ce vigneron visionnaire. Gérard était
vraisemblablement destiné à sa naissance à la culture de la vigne bien que
cela n’ait pas été son unique carrière. En effet, si vous êtes amateurs de
rugby, son nom vous est familier car il a joué professionnellement à Narbonne
dans les années 1980-1990. Le père de Gérard, Georges, était vigneron et
propriétaire du Château Villemajou dans l’appellation Corbières
jusqu’à son Aujourd’hui, âgé de 44 ans,
Gérard a étendu ses activités dans tout le Languedoc, gérant des domaines
dans les Coteaux du Languedoc, le Minervois, les Corbières et le Banyuls, en
plus d’avoir établi des partenariats avec une dizaine de coopératives et une quarantaine
de cultivateurs. Malgré l’étendu de ses activités, il y a un domaine qui a
davantage contribué à sa réputation d’excellence, soit le Château
L’Hospitalet. Ce domaine, que Gérard acheta en 2002, s’étend sur 82 hectares
de vignes plantées dans un sol calcaire, sur le massif de la Clape, entre
Narbonne et la Méditerranée; La Clape est considérée comme l’un des meilleurs
sinon le meilleur terroir du Languedoc-Roussillon. Gérard est un vigneron
prolifique, produisant dix millions de bouteilles annuellement réparties sur
une quarantaine de cuvées différentes, allant de l’entrée de gamme au haut de
gamme. La moitié du chiffre d’affaires des domaines Gérard Bertrand est
réalisée grâce à l’exportation vers une cinquantaine de pays, les principaux
étant la Grande-Bretagne, l’Allemagne, les États-Unis, le Canada et le Japon. Gérard est également un
adepte de la culture biodynamique. Ainsi, les
vignes de son domaine Cigalus dans les Corbières sont cultivées selon les
règles de biodynamie établies par Ecocert. Gérard s’adonne aussi à
l’oenotourisme. Le Château L’Hospitalet, bâti au 16e siècle, a été
converti en un hôtel de 38 chambres et est le gîte d’une galerie d’art, d’un
musée du vin et d’un restaurant. Gérard est très conscient du niveau de
compétition qui existe de nos jours dans l’industrie mondiale du vin,
particulièrement en provenance des nouveaux pays producteurs de vin tels que
l’Australie et le Chili. La France, longtemps considérée comme le modèle à
imiter quant à la diversité et la qualité de sa production viticole, vit maintenant une crise majeure. En effet, malgré ses lettres de
noblesse, le vin français perd de sa popularité auprès des
consommateurs, autant domestiques qu'étrangers. D'un côté, les Français
consomment beaucoup moins de vin que par le passé. Selon l'Office national
interprofessionnel des vins (ONIVINS), la consommation moyenne est passée de
160 litres par habitant en 1965 à 70 litres en 2005. D'un autre côté, la compétition mondiale
donne du fil à tordre aux vignerons français sur les marchés d’exportation.
Alors que des pays comme l'Australie et le Chili inondent les marchés
européens et nord-américains de vins de qualité vinifiés en grande
quantité, à des prix très compétitifs, l'Hexagone semble
tituber sous l'effet tsunami de la compétition. Dans un contexte mondial où
l'offre est plus importante que la demande en vin, les vignerons français
perdent du terrain et semblent dépassés par la tournure des événements. La France entière (à l’exception notable de la Champagne qui s’est créée un créneau)
doit s’adapter et prendre des mesures pour maintenir son hégémonie. Dans un contexte mondial où le
consommateur typique cherche des produits facilement identifiables et
abordables, la France perd des plumes à l’occasion. En effet, il est parfois
difficile de s’y retrouver parmi toutes les appellations françaises : il
existe présentement en France 470 AOC (appellations d’origine contrôlée), sans compter les VDQS (vins délimités de qualité
supérieure), les VDP (vins de pays), les vins de table et
les vins de cépage.
La réalité est que peu de consommateurs sur la planète sont capables de
situer le Languedoc sur un globe terrestre ou d’identifier l’encépagement
autorisé dans les vins de Corbières ou du Minervois. Gérard a compris que pour mieux
rejoindre les consommateurs, il doit présenter ses produits (du moins ceux
d’entrée de gamme) de façon à les rendre plus attrayants. Comment ?
D’abord, en réduisant la complexité de l’information présentée sur les
étiquettes; ainsi, Gérard identifie ses cuvées d’entrée de gamme par
l’épithète « Sud de France », région plus facilement situable sur
une carte du monde. Puis, à l’encontre des habitudes françaises, Gérard
identifie sur l’étiquette principale les cépages composant ses cuvées
d’entrée de gamme; le consommateur moyen reconnaît plus facilement les mots chardonnay et syrah que les appellations Corbières et
Minervois. Cette stratégie semble avoir fonctionné
pour Gérard. Ses fioles sont dorénavant exportées sur les principaux marchés
européens, asiatiques et nord-américains. Ses cuvées haut de gamme ont de
plus acquis une réputation internationale quant à leur niveau qualitatif
remarquable; ses cuvées L’Hospitalitas, Le Viala et l’Hospitalet sont
régulièrement encensées par la critique internationale. Le magazine américain
WineSpectator décrit Gérard Bertrand comme une locomotive dans le Languedoc,
contribuant à rehausser l’image de marque de cette région viticole qui doit
encore composer avec une réputation désuète de productrice de tord-boyaux et
de piquette datant d’un quart de siècle. Dans les faits, le
Languedoc-Roussillon est aujourd’hui l’une des régions viticoles les plus en
effervescence sur la planète, où pullulent les vignerons
à l'âme artisane qui sont grandement motivés à produire du vin de
caractère reflétant la typicité du terroir. Selon moi, c'est ce désir
d'exploiter la diversité des terroirs qui continuera à soutenir l'industrie
viticole française et à différencier leurs cuvées dans la mer de produits
disponibles sur les marchés internationaux. Est-ce que Gérard a
l’intention de se la couler douce en profitant de son succès bien mérité ?
Non, au contraire, selon Gérard, il reste beaucoup à accomplir. Avec un
sourire au coin des lèvres, Gérard affirme candidement que le rêve de tout
vigneron est de sans cesse viser plus loin et plus haut. Gérard est un homme
qui a une vision pour le Languedoc-Roussillon et il affiche une détermination
qui laisse croire qu’il continuera d’être un joueur d’importance dans les
efforts pour aider cette région viticole à établir son créneau sur
l’échiquier viticole mondial. Voici un aperçu de quelques-unes
des meilleures fioles produites par Gérard Bertrand. Bien que j’aie eu le
plaisir de déguster une quinzaine de cuvées différentes, seules celles
commentées ci-dessous sont ou seront disponibles dans les réseaux de la SAQ (Québec) et de la LCBO (Ontario). La Forge et l’Hospitalitas
seront prochainement vendus à la SAQ Signature (à Montréal et à Québec
uniquement). Les cuvées commentées sont
principalement issues des millésimes
2005 et 2006, lesquels sont considérés très bons dans le Midi de la France. À
surveiller également, le millésime 2007 qui promet d’être exceptionnel. Corbières-Boutenac 2007, Domaine
de Villemajou (nd) – Des effluves de baies sauvages, de fleurs, d’épices et de grillé
encensent ce succulent assemblage de carignan (40 %), de syrah
(30 %) et de grenache (30 %). La bouche, moyennement corsée et
harmonieuse, offre une matière fruitée élégante et un équilibre d’ensemble
remarquable pour un vin dans cette catégorie de prix. Convivial, amical et
prêt à boire, ce vin languedocien s’avère un modèle de réussite pour cette
région en pleine effervescence. La
cuvée 2005 est présentement disponible à la LCBO au prix de 21 $. Coteaux-du-Languedoc La
Clape « La Réserve » 2005, Château L’Hospitalet (20 $
SAQ / 19 $ LCBO) – On
découvre dans cet assemblage typiquement languedocien de syrah, de grenache et de mourvèdre une
séduisante richesse aromatique où se croisent cassis, fumée, cuir et poivre
rose. La bouche, moyennement corsée, dévoile des saveurs à l’avenant et une
trame tannique raffinée qui se prolongent sur une finale joyeusement
expressive. L’ensemble s’avère élégant et finement ciselé. Voilà une cuvée
sereine et un témoignage convaincant de la qualité des vins issus de l’appellation La Clape. Coteaux-du-Languedoc La
Clape « La Réserve » 2006, Château L’Hospitalet (disponible
sous peu à la SAQ au même prix que la cuvée 2005) – La version 2006 est tout aussi séduisante et structurée que son aînée
d’un an, dévoilant une palette aromatique complexe dominée par la baie des
champs fumée et épicée. Le tout s’étale gracieusement sur un palais
moyennement corsé encadré de tanins
nobles mais encore un peu juvéniles. Ce nectar continuera à se bonifier sur un
horizon d’au moins 8 ans, malgré qu’il soit déjà terriblement difficile de
lui résister maintenant. Corbières « La
Forge » 2005, Gérard Bertrand (nd SAQ – environ 48 $) – Cette délicieuse concoction de syrah
et de carignan révèle un bouquet enchanteur de groseille parfumée à l’encens,
au minéral et au grain de café fraîchement moulu. Au palais, on se laisse
charmer par une solide structure enveloppée d’un voile de taffetas, le tout
s’étalant langoureusement sur une finale bavarde et très persistante. Du grand
Corbières! Coteaux-du-Languedoc La
Clape « L’Hospitalitas » 2005, Gérard Bertrand (nd SAQ –
environ 55 $) – L’Hospitalitas exhale d’amples élans
aromatiques évoquant la mûre entrelacée d’insistantes tonalités de chêne
grillé et torréfié. Cette fiole languedocienne composée de syrah et de
mourvèdre se démarque par ses saveurs dodues, sa charpente imposante, sa
trame tannique élégante et les échos indéniablement grillés qui agrémentent
parfaitement sa finale. Un vin de garde puissant et d’une grande opulence. La version 2004 (non dégustée) est
présentement disponible dans le réseau de la LCBO au prix de 57 $. |
Dernière mise à jour : 8
avril 2009